dimanche, 19 octobre 2008

Yves Lacoste

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Il y a deux ou trois semaines, Yves Lacoste avait sa semaine "A voix nue" sur France Culture. Et c'était génial.

En fait, non, ce n'était pas génial. J'étais très heureuse d'écouter Yves Lacoste, c'était la première fois puisque en général je le lis. Je n'ai pas non plus lu tous ces ouvrages loin de là ! Je reste fascinée par ce géographe. C'est souvent l'unique géographe que le monde non géographique est capable de te citer. Et puis c'est évidemment la personne qui me permet de faire de la géopolitique française à l'heure actuelle. Donc de ce point de vue là, c'était bien.

Mais en même temps, l'écouter m'a perturbé. Ca a réveillé des problèmes d'orientation qui someillaient. Parce que oui, l'an prochain, je veux poursuivre mes études = un master mais lequel, c'est bien la question. Je pensais pourtant avoir trié un minimum : master à sciences politiques ; avoir mis de côté la recherche et par voix de conséquence la géographie.

Donc, un, Yves Lacoste m'a rappelé que j'adorais la géographie. Oui, il y a des fois, on oublie un peu.

Mais surtout, Yves Lacoste a dit la géographie n'est pas une science. Tu m'étonnes que l'on soit pris pour des guignols. Alors Yves Lacoste est sûrement un provocateur mais il a l'avantage de justifier ses propos. Et son explication m'a parlée, et du coup j'ai dit "il a pas tort". Mais voilà, si j'ai décidé de ne pas poursuivre dans la géopolitique, c'est bien parce que ce n'est pas une science et Monsieur m'apprend que mes trois dernières années, ce savoir géographique accumulé, ce regard géographique qui se développe... ne sont rien aux yeux de la société parce que ce n'est pas une science. Dans ce cas là, autant revenir à mon rêve de départ, l'ethnologie, puisque cette discipline a l'avantage d'avoir le suffixe "logos".

Pas cool Monsieur Yves Lacoste, d'avoir autant chamboulé ma pensée. Mais durant toute cette semaine, j'ai pu découvrir un parcours, et Yves Lacoste, âgé de 79 ans, est toujours aussi passionné, aussi fier d'être géographe. Il apprend tous les jours, des évènements, des rencontres peuvent l'influencer. Il n'est pas resté sur une position particulière qu'il défend depuis le début de sa carrière. Et c'est admirable.

Yves Lacoste revient sur cette place de la géographie, cette réputation qu'elle a dans la société. Il parle surtout de la manière dont elle est enseignée au collège et au lycée pour l'expliquer. Mais plus tard dans la semaine, il parlera un peu de la géographie à l'université, de ces chercheurs qui ne font pas vraiment la promotion de la géographie, de ces divisions assez rigoureuses en domaines à propos d'un autre sujet. Et pour moi, petite étudiante de 21 ans, les soucis sont très liés à ces questions. Les géographes restent à l'université, ils font des articles passionants dans des revues universitaires, les échanges entre universités pour des travaux sont très limitées. On est dans un monde clos, fermé, qui se regarde le nombril, qui n'ose pas tout et surtout qui ne s'imprègne pas de la société, des politiques... Et lorsque tu arrives en première année de licence en géographie, en général, tu n'as aucune idée de l'étendue des sujets que tu vas aborder et donc ce n'est pas seulement du fait de l'enseignement antérieur mais aussi de ce que veut partager le monde universitaire au public.

Yves Lacoste a parlé de nombreux thèmes de la géopolitique, de nombreux cas aussi. Monsieur sait parler succintement mais sans jamais simplifier, parce que la géopolitique n'est jamais simple. Et ça c'est un don que l'on rêverait d'avoir !

J'ai malgré tout été déçue par une chose. Lors de la dernière émission "Au coeur de la nation, la nation au coeur", Yves Lacoste est revenu plusieurs fois sur la question des évènements de novembre 2005 dans les banlieues. Sur certains points, je suis totalement d'accord (ce sont des Français, on a eu des migrations urbaines qui ont eu pour conséquence une concentration de Français Maghrébins ou d'Afrique Noir...), sur d'autres je suis tout à fait intéressé par son cheminement (la litérature historique diabolisant la colonisation) mais alors sur d'autres, j'y suis totalement opposée... Ce n'est pas parce qu'on a une concentration de Français de "couleur" que l'on a des phénomènes de bandes, des trafics de drogue ou même d'islamisme. "Les islamistes n'ont fort heureusement pas profité des évènements", ils ne pouvaient pas ! La peur que des bandes s'autodéfendent contre un autre quartier pour se prémunir d'attentats, là on est en pleine campagne présidentielle de 2002 ! Bon, j'espère que les choses ont été dites un peu rapidement parce que Monsieur était à la radio. Mais quand même, ça c'est de la diabolisation et c'est porté sur un média. Donc un peu choquée l'étudiante !
Mais de manière générale, je crois que l'on a réalisé beaucoup d'études sociales sur ces "quartiers", que les géographes ont critiqué certaines positions comme "Le ghetto français"... Je pense que la géographie empirique devrait être préconisée à ce cas. On manque de connaissances, on est sur un sujet où beaucoup de choses sont dites mais tellement peu vérifiées, on a l'air de s'étonner de proportions prises du "phénomène", déjà sans trop savoir de quoi on parle et surtout sans replacer les choses sur le long terme. En fait cette dernière partie d'émission ne m'a pas révoltée, et j'ai toujours autant d'estime pour Yves Lacoste, elle m'a seulement laissée cette impression d'ignorance, d'objet bien délimité, cloisonné et mis à l'écart alors qu'à y regarder de plus près tout est mêlé. La même impression que j'avais eue pour l'article de Barbara LOYER "Langue et Nation en France".

Alors Yves Lacoste, c'est un géographe qui a un nom en France, à Stockholm, j'ai déjà plus de mal à expliquer quelques grandes idées de son travail. C'est aussi un géographe qui a un nom hors de la géographie, ce qui est plus rare. Donc quelqu'un qui redore les blasons de la géographie en disant qu'elle sert à quelque chose.

samedi, 05 avril 2008

Les rapports sino-américains

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Cher Tony,

Suite à mon exposé d’hier sur les rapports sino-américains, je me propose <puisque je suis débordée> de te donner quelques éléments de réflexion à ce sujet. 

Je travaillais à partir du texte « Les rapports sino-américains Passé, présent, futur » écrit par le Général Henri EYRAUD. C’est un article de 2003 paru dans la revue de géopolitique Hérodote.

Les rapports sino-américains sont décrits dans ce texte sous l’angle des relations internationales, la difficulté résidait donc dans une retranscription sur le mode géopolitique. J’ai axé mon exposé sur les raisons du dialogue conflictuel entre les Etats-Unis et la Chine en travaillant la notion de puissance.

La puissance, c’est un terme des relations internationales. En effet, de prime abord, la notion de puissance paraît au dessus du territoire. Pourtant, historiquement, un des attributs de la puissance réside dans la géographie des Etats. Les attributs de la puissance évoluent. Aujourd’hui la taille du territoire est moins importante que la puissance économique. Cependant la puissance militaire est toujours prépondérante. En réalité NYE distingue le hard power du soft power. Le hard power correspond à des attributs classiques : géographie, démographie, économie. Tandis que le soft power regroupe les médias, les manifestations mondiales, la diffusion d’un genre de vie ou la capacité à modifier l’agenda international. La frontière entre les deux est parfois un peu floue comme dans de nombreux concepts. Par exemple, la population prise seule peut être considérer comme un handicap mais en mêlant population nombreuse à un haut revenu et à une qualification importante, on change quelque peu la donne.

Pourquoi les relations sino-américaines s’apparentent-elles à un rapport de force ? Parce que nous sommes en présence de deux puissances. Les Etats-Unis sont l’hyperpuissance depuis la fin de la guerre froide. Son aire d’influence est le monde dans son ensemble. La Chine a réalisé une formidable croissance économique. De plus, la Chine reste un Etat non démocratique avec lequel il faut composer. La Chine souhaite faire cesser l’ingérence américaine dans ce qu’elle considère comme sa zone d’influence : Taïwan, le Tibet, les îles Spratleys ou le Xinjiang.

dimanche, 09 mars 2008

Bref topo sur le Cachemire

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Cher Tony,

Le Cachemire, c’est un territoire himalayen que se disputent trois puissances asiatiques. Et le Cachemire est malheureusement un exercice récurrent de la géopolitique.

Le Cachemire, c’est une région montagneuse enclavée. C’est le château d’eau du sous-continent indien. Contrôler la région est un moyen de pression sur les Etats d’aval que sont l’Inde et le Pakistan. Et plus l’Etat est dépendant de cette ressource, plus sa volonté de contrôler cette ressource est forte : le Pakistan. Au Cachemire, la religion majoritaire est l’Islam. Il n’y a pas de guerres de religion. Cette région voit s’affronter deux Etats aux conceptions différentes et contradictoires : l’Inde et le Pakistan. Historiquement, l’Inde et le Pakistan formaient un seul Etat. La partition est largement fondée sur l’appartenance religieuse. Nonobstant, l’Inde se veut un Etat séculariste, les Indiens ont une religion officielle mais sont tolérants envers les autres tandis que le Pakistan est un Etat fondé sur la religion musulmane. Le sécularisme est une notion particulière qui est difficile à appréhender avec la culture française particulière autour de la laïcité. La Chine , le troisième acteur, voit en cette région un espace stratégique qu’elle doit contrôler afin de maîtriser deux « points sensibles » de son territoire : le Xinjiang et le Tibet.

Ces trois puissances possèdent l’arme nucléaire, on ne peut donc parler de conflit mineur.

A cette géopolitique, il ne manque que les Cachemiris.

samedi, 09 février 2008

Le rap en géopolitique

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Cher Tony,

La géopolitique est une approche qui s’adapte à tous les sujets. En géopolitique, on ne s’interdit rien ! Alors pourquoi pas une géopolitique du rap ? C’est ce qu’a fait Barbara LOYER dans l’article « Langue et nation en France » paru en 2007 dans Hérodote.

Seulement voilà Barbara LOYER est une spécialiste… du Pays Basque ! Et l’article rapproche les identités régionales au rap français.

L’auteur reprend le lien entre la langue française et la nation française. Et il est aisé de comprendre le cheminement de l’article quand aux particularismes régionaux.

Là où la tâche est plus rude, c’est quand au rapprochement avec le rap français. Elle appuie sa démonstration sur la figure de la victime qui serait commune aux deux mouvements. L’Etat est oppresseur, il doit réparation et notre mouvement apparaît comme une sorte de résistance.

La comparaison entre identités régionales et rap français est osée mais aussi dérangeante puisque l’identité régionale se fonde sur une langue autre que française tandis que le rap s’appuie sur la langue française, l’auteur le souligne elle-même. Le rap vaudrait à lui seul un article de géopolitique ! En réalité, cet article manque de connaissances sur le mouvement du rap français et c’est en cela que la démonstration ne peut aboutir.

Le rap français est un mouvement musical porté par des acteurs. On pourrait, dès à présent, réaliser un historique du rap. Plusieurs générations se succèdent et la scène française comporte des personnes de plus de quarante ans et des nouveaux venus de quatorze ans. Mais entre ces générations, d’autres trouvent leur place. Le rap est fortement dominé par le monde masculin mais là encore ce n’est pas exclusif et Diam’s est, forte heureusement, pas la seule artiste féminine. Tous les rappeurs n’ont pas vécu en banlieue. Il est curieux de surprendre des gens en disant cela. Et l’écoute du rap n’est pas réservée aux « banlieusards ». Et tout habitant d’une cité n’écoute pas spécifiquement du rap. « Certains ont fait des études »… Le souci est, je pense, une ignorance plutôt qu’un affront ou une provocation.

Dans un mouvement de peinture, on décèle une évolution, une progression. Dans le rap, les choses sont de même et chaque texte doit se resituer dans son contexte. Certains évènements dont évidemment les troubles de novembre 2005 ainsi que l’élection de Sarkozy ont marqué les textes et entraîné des réactions et des réflexions. Les textes d’un même rappeur peuvent se contredire le temps de 2 ans de carrière. Tout n’est pas comparable !

Le rap français a ses grands noms dont on ne peut faire l’impasse. Il est traversé par de grandes tendances : Marseille, Paris. Le slam s’apparente aux belles lettres du rap, a-t-il entraîné une réflexion du monde du hip hop sur la qualité ? Les problématiques géopolitiques autour du rap pourraient être intéressantes mais demandent une structuration du propos.

On ne peut prétendre à une géopolitique du rap sans un minimum de connaissances préalables. L’article de B LOYER donne de nombreuses pistes de réflexion notamment sur la construction de la « banlieue » par le rap. La banlieue est le territoire par excellence des acteurs précédemment esquissés.

Et oui la géographie s’intéresse à tout… même à nos passions.

dimanche, 04 mars 2007

La Corne de l'Afrique

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Cher Tony,

As-tu vu les évènements en Ethiopie de vendredi et de ce week-end ?

Les choses sont un peu différentes que celles que veut bien dire notre ministre des affaires étrangères.

Oui ça m'a toujours insupporté de sous entendre que les Africains font beaucoup moins bien que les Français !

Oui moi et l'Afrique, écoute je suis née comme ça.

Donc pour avoir travaillé sur la Corne de l'Afrique et avoir rendu un dossier de 8 pages dessus. Je sais que tout n'est pas blanc et tout n'est pas noir.

Introduction de mon travail :

La Corne de l'Afrique est actuellement une région pour le moins médiatique. Mais ces multiples références dépeignent assez tristement cette région. Le sommet de l'Organisation de l'Union Africaine, du 22 au 30 janvier dernier, à Addis Abeba a rappelé les échecs politiques et humanitaires en Somalie. L'affaire Borrel empoisonne les rapports entre la France et son ancienne colonie Djibouti. Enfin la disparition d'un groupe de touristes occidentaux dans le désert d'Afar soulève en Europe de nombreux a priori sur ces contrées au climat hostile. Cet épisode s'ajoute malheureusement à d'autres plus ou moins graves marquant les relations très tendues entre l'Erythrée et l'Ethiopie depuis la guerre de 1998-2000. Lorsque la presse consacre quelques lignes à ces pays en dehors des conflits, les descriptions sont rarement flatteuses. On n'oublie pas de mentionner les faibles Indices de Développement Humain compris entre 0,495 et 0,367, les manques d'eau chroniques... Nous sommes pourtant ici dans une région possédant nombre d'atouts : production de sel, culture du café Arabica, le plus grand nombre de têtes de bétail de l'Afrique. Le passé de ces pays, les aspects culturels des différentes ethnies étaient porteurs d'avenir. La Somalie fut réunifiée forte d'une langue et d'une religion commune. L'Ethiopie rassembla des peuples grâce à son histoire séculaire. Comment expliquer cette contradiction manifeste entre le contexte propice à l'émergence d'une puissance régionale et la situation actuelle ? A travers un bref rappel historique nous étudierons les influences culturelles que connut la Corne de l'Afrique. Les évolutions modernes des Etats nous aideront à comprendre la naissance ou la consolidation du sentiment national. Enfin nous replacerons cette région dans le monde afin de comprendre les relations modernes qui s'y déroulent.

Et conclusion :

Dès l'Antiquité, la Corne de l'Afrique est une région au carrefour de plusieurs aires culturelles. Les influences chrétienne et musulmane permirent à ce territoire de commercer avec plusieurs grandes civilisations. Au sortir de la décolonisation les Etats se forment, les expériences politiques se multiplient. L'instabilité politique s'associe à la résurgence de conflits ethniques voir interethniques. Aujourd'hui les images de crises humanitaires nous choquent. On perd espoir lorsque l'on s'intéresse au cas somalien. Le Somaliland et le Puntland se sont autoproclamés indépendants mais ne sont pas reconnus. Le siège de la Somalie à l'ONU reste vacant. Le territoire lui même est le lieu de conflits meurtriers entre chefs de clans et islamistes, la présence occidentale ne semblant pas améliorer la situation. Malgré tout, la Corne de l'Afrique reste une région à la fois mythique et mystique. Le royaume du Prêtre Jean et les expéditions à la recherche des sources du Nil continuent de nous émerveiller. C'est aussi une région qui n'a pas fini de nous révéler notre histoire commune. La découverte de Lucy, ancêtre lointain de 3,3 millions d'années, nous fascine. Le monde scientifique porte beaucoup d'intérêt au rift africain que ce soit pour comprendre les phénomènes de tectonique ou pour appréhender l'hominisation. Et si la culture de la Corne de l'Afrique n'arrive pas en tant que telle jusqu'à nous, elle s'échappe parfois comme en témoigne le mouvement rasta.